Les réseaux sociaux : une haie d’honneur pour l’idiocratie ?

A l’heure où le numérique, les réseaux sociaux, Internet et la connexion n’ont jamais été aussi présents, les fakes news et le complotisme ont la porte ouverte pour briller en société. Une certaine concomitance s’opère entre ce que certains appellent “idiocratie” et l’utilisation excessive des réseaux sociaux. Le présent article essayera d’amener le lecteur à se questionner sur son propre rapport vis-à-vis de ces derniers.

Des réseaux sociaux faisant une haie d’honneur aux discours simplistes radicaux

Twitter, régulièrement qualifié de « réseau de haine », est une bonne illustration d’une plateforme faisant rayonner la radicalité. Cette dernière semble cristalliser les échanges, rendant ainsi difficile la réflexion et laissant régulièrement entrer les fakes news au sein du réseau social. Les modérateurs, peu efficaces, et les algorithmes faisant grimper les discours extrêmes et non nuancés, font inéluctablement monter en flèche ce contenu qui est souvent synonyme d’une analyse non globale et donc sans grande réflexion. À cela s’ajoutent les critiques de l’écrivain Nicolas Carr : « ‘le net’ diminue apparemment ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations selon la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement » (Nicholas Carr, 2008). De ce fait, il est important d’admettre un regard critique sur le contenu que nous consultons et de nous informer sur des médias journalistiques fiables. 

Une utilisation du cerveau dans un but de dépendance

Nous pouvons constater une certaine “addiction” croissante envers les écrans. Selon The World Unplugged, sur un millier d’étudiants, la moitié n’arrive pas à se séparer de son téléphone pendant une durée égale à 24 heures (Moeller et al., 2012). Les réseaux sociaux ont réussi à utiliser notre cerveau à des fins de dépendance. Les « addictions comportementales » à Internet, selon Griffith (2016), sont définies comme « une habitude répétitive dont l’individu a du mal à se soustraire et qui accroît le risque de maladie et/ou est associée à des problèmes personnels ou sociaux ». Le coupable de cette relation malsaine :  la dopamine, un médiateur chimique du système nerveux, qui réalise un circuit de récompense dans notre cerveau provoquant un sentiment de satisfaction et de plaisir. 

Circuit provoquant l’hormone du plaisir / Source: Apposcience

Seulement, ce phénomène crée un système de dépendance qui donne ce sentiment de ne pas avoir envie d’arrêter votre consommation. Tiktok, par exemple, contient cet objectif de satisfaction avec du contenu plaisant qui nous correspond pour ensuite faire en sorte que l’on passe le plus de temps possible sur l’application. Le coupable de ce contenu si enthousiasmant qui nous « fait perdre notre temps » se nomme l’algorithme. Celui-ci collecte les données personnelles pour connaître nos goûts afin de personnaliser votre fil d’actualité. Pendant que l’algorithme fait son travail, le cerveau est laissé dans un état de passivité puisqu’il n’exerce plus de choix de manière consciente. L’état de passivité ne permet pas le développement intellectuel. De surcroît, ce temps passé sur les réseaux sociaux serait menaçant pour notre propre santé mentale du fait des comparaisons sociales négatives avec les autres utilisateurs souvent erronées, la peur de rater quelque chose ou le besoin constant de montrer une image de soi parfaite qui est bien trop souvent superficielle et en non-adéquation avec notre soi intérieur (Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet, 2017).

Des solutions pour concilier utilisation des réseaux sociaux et raisonnement intelligent.

Cependant, comment gagner le bras de fer avec la « manipulation »  de Tiktok et de Twitter ? Une critique réflexive et de mise à distance sur le contenu regardé par l’utilisateur doit être mise en œuvre pour comprendre que la vérité est rarement simpliste. Par conséquent, il ne s’agit pas de blâmer les réseaux sociaux ou de critiquer les consommateurs de ces derniers de manière non constructive, mais plus de réfléchir sur notre consommation et de comprendre l’intérêt existentiel d’avoir une critique et une modération. Le défi est aussi de choisir le contenu regardé en vérifiant avec des sources fiables les informations dites sur ces réseaux. Il s’agit d’ éviter cette « société d’idiocratie » qui consiste à se satisfaire seulement d’un discours simpliste où la voix de la raison se compare au nombre de likes. Nous rappelons que la vérité se trouve rarement dans un modèle binaire, mais qu’elle est souvent complexe et nécessite une analyse systémique. Pour cela, il est important de conserver des temps réflexifs sans réseaux sociaux au sein de notre vie pour continuer d’agir avec intelligence afin d’opérer les meilleurs choix personnels et sociétaux possibles. 

Louis JULLIEN

Bibliographie

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BATTAGLIA (M.), A l’école du « grand écart » : le niveau des élèves français est-il si mauvais ? LeMonde.fr, 29 novembre 2019, https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/29/a-l-ecole-du-grand-ecart-le-niveau-des-eleves-francais-est-il-si-mauvais_6020957_3224.html

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France Culture, Idiocratie : la défaite de l’intelligence ?  16 mai 2019,  https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-methode-scientifique/idiocratie-la-defaite-de-l-intelligence-2164748

GAUTIER (H.),  « Facebook, Twitter et les autres. Intégrer les réseaux sociaux dans une stratégie d’entreprise », Terminal, 15 novembre 2014, http://journals.openedition.org/terminal/600

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