Football : entretien avec un arbitre de niveau départemental

Souvent décriés par les supporters, les médias, et même parfois par les joueurs, les arbitres de football font pourtant parti des acteurs fondamentaux de l’univers de ce sport. Dépositaire du bon déroulement de la rencontre, l’arbitre est l’autorité ultime sur le terrain et prend les décisions qui doivent être respectées par tous les acteurs du football. Arborant un maillot distinctif de celui des deux équipes, il utilise un sifflet afin d’attirer l’attention des joueurs. Il est présent pour garantir un match équitable et est accompagné dans cette tâche de deux arbitres assistants afin de l’aider à prendre les bonnes décisions. Mise en lumière au plus haut niveau, que ce soit pour valoriser leurs performances ou pour montrer leurs erreurs, les arbitres de football professionnels sont de manière générale constamment au cœur des discussions.

Qu’en est-il des arbitres amateurs ? Sont-ils eux aussi constamment sous pression ? Ont-ils des craintes ou des peurs ? Comment vivent-ils l’arbitrage à leur niveau ? Pour répondre à ces questions, nous avons contacté par téléphone puis rencontré Monsieur Le Maoult, arbitre officiel depuis 2015, évoluant en Départemental 2 au sein du district de Loire-Atlantique.

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M. Le Maoult

Bonjour Monsieur Le Maoult et merci de nous accorder du temps pour cet entretien. Comment êtes-vous arrivé à l’arbitrage ?

Bonjour à vous. J’’ai été joueur de football dans le club de ma commune de mes 6 ans jusqu’en dernière année de U15. N’ayant pas un niveau suffisant, je pensais arrêter à la fin de cette année-là. Nous avons participé à une réunion au mois d’avril de cette même année sur l’arbitrage organisé par le référent arbitre de notre club, celle-ci se déroulait juste avant l’entraînement. Sur le coup, l’arbitrage ne m’a pas attiré plus que ça. Néanmoins, à la sortie de cet entrainement, je me suis dit : « Et pourquoi pas ? ». Je me suis donc rapproché du référent arbitre de mon club afin d’avoir de plus amples informations sur les modalités pour devenir arbitre officiel de football.

Comment devient-on arbitre ? Suivez-vous une formation ? Si oui, sur combien de temps et qu’y apprenez-vous ?

Pour devenir arbitre officiel de football, il faut suivre une formation dont le format change souvent. En général, il y a 3 sessions de formation dans l’année. Une en septembre, une en octobre/novembre et une en janvier. Pour ma part, la formation s’est déroulée sur un week-end, du vendredi 18 h au dimanche 18 h à la ligue de football des Pays de la Loire située à Saint-Sébastien-sur-Loire. La formation comprend deux volets, l’un théorique et l’autre physique. Du côté de la partie théorique, on apprend les 17 lois du jeu nécessaires au bon déroulement du match. Du côté physique, nous apprenons la gestuelle, la gestion des conflits, ainsi que le travail physique pour reproduire les efforts durant la rencontre. Le dimanche soir, un examen théorique composé de questions fermées et ouvertes, de situation de matchs, de questions précises ainsi qu’un rapport nous attend pour l’obtention du titre d’arbitre officiel.

Au bout de combien de temps avez-vous pu arbitrer un match officiel ? Vous en souvenez-vous ? Quel parcours avez-vous effectué depuis ?

J’ai arbitré mon premier match 2 semaines après avoir validé l’examen théorique. De mémoire, c’était un match de U14 PH ( 3ème niveau régional) entre Rezé fc et la Chapelle-sur-Erdre. C’est d’ailleurs ce jour-là que j’ai attribué mon premier carton jaune, et pas le dernier (rire). Je suis actuellement sur ma 7ème saison d’arbitrage. J’ai effectué 4 années chez les jeunes dont la troisième comme candidat jeune arbitre de ligue. Ce qui signifie que, pendant un an, j’ai suivi des formations complémentaires ainsi que des entraînements réguliers afin de pouvoir candidater au niveau au-dessus. Néanmoins, par manque de motivation, j’ai préféré ne pas donner suite. À 19 ans, j’ai fait la demande pour passer arbitre sénior et j’ai commencé à arbitrer en Départemental 3. J’ai ensuite pris une année sabbatique dans le cadre de mon parcours universitaire qui prévoyait une année Erasmus. L’’arbitrage m’a par ailleurs énormément manqué durant cette année-là. Enfin, au début de l’année 2022-2023 j’ai été affecté au niveau Départemental 2.

Avez-vous une routine la veille ou le jour de match ? Comment se déroule l’avant-match d’un arbitre officiel ? Comment se passe l’échauffement d’un arbitre ?

J’arbitre généralement le dimanche vers 15 h. Le samedi soir, je sors assez souvent et je prends des caisses (rire gêné). Le jour du match, je mange léger, comme un plat de pâtes, je me rends ensuite sur le lieu du match et arrive en moyenne 1 h 15 avant le début de la rencontre. Avant le début du match, nous avons plusieurs missions à accomplir. Tout d’abord, je me présente aux dirigeants des deux équipes et discutons autour d’un café. Je me rends ensuite sur le terrain pour vérifier son état ainsi que l’état des différents éléments du terrain (but, filet, poteau de corner, traçabilité des lignes). Je vérifie ensuite la feuille de match informatisée ainsi que les couleurs des deux équipes. Enfin, je pars m’échauffer pendant 10 à 15 minutes. L’échauffement se fait en trois phases, une phase de réveil musculaire avec de la course et des gammes, une phase d’étirement et enfin une phase d’accélération pour habituer le corps à l’effort. Je rentre ensuite aux vestiaires, me change, donne quelques consignes aux capitaines et les drapeaux de touche aux arbitres assistants bénévoles et on est parti.

En parlant de drapeau, quels sont les éléments essentiels à l’arbitre ? En avez-vous déjà oublié un pour une rencontre ? Avez-vous des préférences en termes d’équipements ?

L’arbitre, au même titre que les joueurs, a un équipement spécifique pour l’arbitrage. Celui-ci se compose d’un maillot d’arbitre, d’un short, de chaussettes et chaussures de football. À cela s’ajoutent les 3 cartons (rouge, jaune et blanc), le sifflet, une montre, l’écusson d’arbitre officiel, un stylo et une carte d’arbitrage où nous notons le score, les changements et cartons attribués. Pour ma part, je positionne le carton rouge dans la poche arrière du short, le carton jaune dans la poche avant droite du short et le carton blanc dans ma poche de maillot. Je préfère porter des maillots à manches courtes et mon sifflet dans la main par l’intermédiaire d’une bague à doigt. Oui il m’est déjà arrivé d’oublier mon écusson et ma montre. Dans ce cas-là, on s’adapte ou on demande aux clubs de nous prêter des affaires. 

Vous êtes-vous déjà senti en danger sur le terrain ou en-dehors ? Avez vous déjà reçu des insultes de la part de joueurs ou coachs ? Les insultes du public sont quelque chose d’exceptionnelle ou constante ?

Je ne me suis jamais senti en danger sur le terrain, je reste concentré sur le match, cependant, lorsque l’on passe devant les supporters, j’ai déjà reçu des remarques inacceptables telles que des insultes racistes ou homophobes (Monsieur Le Maoult a des origines asiatiques). Sur le terrain, je n’ai jamais été la cible directe d’insultes de la part des acteurs du jeu. Les insultes de la part du public sont quelque chose de récurrent pour l’arbitrage malheureusement, les supporters ne voient rien mais pensent tout savoir.

Qu’est-ce qui est le plus dur finalement dans l’arbitrage à votre échelle ? Comment gérez-vous l’erreur ou l’échec ? Avez-vous besoin de débriefer avec quelqu’un sur votre match ?

Le plus dur dans l’arbitrage départemental, c’est la solitude je pense, on est certes accompagné par 2 arbitres bénévoles en lesquels on a entièrement confiance mais, rien ne vaut trois arbitres officiels avec qui ont partage la même passion de l’arbitrage. Je me refais le match et je l’analyse à froid afin de voir où j’ai pêché dans la rencontre, que ce soit physique, technique ou relationnelle. J’ai un ami arbitre avec qui j’entretiens des contacts réguliers dans lesquels nous débriefons de nos matchs du week-end.

Quel est votre meilleur souvenir dans l’arbitrage et le pire ? Jusqu’où voulez-vous aller ?

Mon meilleur souvenir dans l’arbitrage s’est passé lorsque j’étais candidat jeune arbitre de ligue. J’ai eu l’occasion cette année-là d’être désigné arbitre assistant sur un match de U17 national entre Saint-Nazaire et Guingamp. C’est d’ailleurs mon plus long déplacement à ce jour. Le pire ? Je n’en ai pas vraiment, je vais dire les moments d’insultes racistes de la part du public mais aussi les blessures de joueurs. Je n’ai pas d’objectifs précis, je ne souhaite pas évoluer au niveau régional, cependant j’aimerais atteindre le niveau départemental 1 un jour ou l’autre. 

Bien, merci beaucoup, pour terminer pouvez vous nous dire l’arbitrage en 1 mot ?

Je vais dire le mot PASSION.

C’est sur ce mot que se termine cette première interview visant à mettre en valeur les arbitres de football amateurs. Merci à Monsieur Le Maoult de m’avoir accordé son temps pour répondre aux nombreuses questions sur son parcours et sur ses objectifs. Nous avons vu, avec ce témoignage, que l’arbitrage amateur n’est pas, comme à haut niveau d’ailleurs, si simple que ça. Gérer les joueurs, faire respecter les règles du jeu, accepter l’erreur, subir parfois les pires injures, tel est le quotidien des hommes et femmes en noir. Il n’est donc pas surprenant, vous en conviendrez, que les districts comme les ligues de football en France manquent cruellement d’arbitres. Cependant, vous aurez peut-être la chance pour votre plus grand bonheur, au détour d’un match de Départemental 3, de croiser la route de Monsieur Le Maoult. Et comme le dit si bien le syndicat national des arbitres : “ Pas de football sans arbitre ”.

Rony Demazeau

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